L’Actualité Elle a décliné sa désignation au sénat

Djamila Boupacha, la moudjahida qui dit non

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Arab CHIH Publié 17 Février 2022 à 10:03

© D.R
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Le portrait de Boupacha peint par Picasso.

 

 

 

 

 

 

 

 

Figure exceptionnelle de la guerre de libération, elle aura été rebelle jusqu’au bout. La leçon Boupacha...

Entre la quiétude que lui procure la vie de simple citoyenne à laquelle elle s’est pliée depuis des lustres et les “honneurs” que peut lui offrir le statut de sénatrice, Djamila Boupacha, héroïne de la guerre de Libération nationale et l’une des célèbres trois “Djamilate” aux côtés de Djamila Bouhired et Djamila Bouazza, a fait son choix, très vite et définitivement : rester dans l’anonymat, au milieu du petit peuple, plutôt que de se laisser éblouir par le lustre des travées et des salons feutrés. Sollicitée par la présidence de la République pour faire partie des membres du Conseil de la nation désignés par le Président, la moudjahida Djamila Boupacha a dit “non”, déclinant avec une déférence seigneuriale la proposition présidentielle. “Suite à une information diffusée aujourd'hui, le 15 février 2022, au journal de 20h de la télévision algérienne, qui porte sur l'annonce officielle de la liste du tiers présidentiel, où mon nom figure parmi les personnalités choisies pour le poste de sénateur, je tiens à préciser ma volonté et mon avis sur la question. J’ai décliné cette proposition qui m'a été faite par les instances officielles en les remerciant de la confiance qu'ils ont placée en moi. Pour cela, je tiens à informer l'opinion publique que Djamila Boupacha ne fera pas partie du tiers présidentiel nommé”, a-t-elle expliqué dans un communiqué publié dans la soirée du mardi 16 février sur les réseaux sociaux et largement commenté. “J’ai servi mon pays auprès de mes frères et sœurs en tant que moudjahida ; j'ai repris ma vie de citoyenne depuis et je tiens à le rester”, a-t-elle encore glissé. D’aucuns auraient peut-être, à sa place, succombé à l’attrait des privilèges et autres entrées fort utiles dans les institutions de la République que peut bien offrir et procurer le statut de sénateur. Mais pas Djamila Boupacha, cette héroïne immortalisée dans un portrait par le célèbre peintre Pablo Picasso ou encore Simone de Beauvoir qui lui consacre un livre “Djamila Boupacha” en 1962 en collaboration avec Gisèle Halimi. 

Un choix tout de renonciation qui, en vrai, n’a rien d’étonnant. C’est que cette combattante de la liberté au courage homérique – les tortures et autres viols dégradants subis dans les geôles coloniales parlent largement pour elle – fuit comme la peste, dès l’indépendance, les feux de la rampe, préférant vivre retirée de la vie publique. La guerre finie avec au bout la fin de la longue nuit coloniale, elle renonça à toute participation politique, préférant se retirer chez elle et mener une vie prosaïque de simple citoyenne. Jamais, depuis, elle n’a fait partie d’aucun des multiples gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays, ni assumé un quelconque autre poste de responsabilité.  Autrement dit, cette femme, pourtant presque effacée des manuels scolaires, n’a été en rien dans les ratés et conflits post-indépendance, elle qui n’a jamais cédé aux sirènes du pouvoir. Elle abhorre le statut de famille révolutionnaire, ce faire-valoir politivien dont ont usé et abusé les “maquisards” du 19 mars. 

Probe et intègre, elle l’est restée toute sa vie.  À coup sûr, ce refus de Djamila Boupacha qui confine au stoïcisme, son mépris souverain pour les indus privilèges matériels ou autres, son passé révolutionnaire et l’aura de sa personnalité ont été probablement pour beaucoup dans sa désignation par les collaborateurs du président Tebboune pour lui endosser le costume de sénatrice. Un choix dont on aurait peut-être tiré quelques dividendes si elle avait acquiescé : récompenser une vraie révolutionnaire qui n’a jamais tiré le moindre profit de son engagement dans la lutte de Libération nationale et faire un grand coup politique et médiatique en conférant un crédit à une institution perçue par beaucoup comme “budgétivore”. Reste maintenant à savoir pourquoi la Présidence a maintenu le nom de cette moudjahida sur la liste des membres du tiers présidentiel alors qu’elle a préalablement décliné cette proposition ? Un simple oubli ? 

 


Arab chih

 

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